Le professeur Michel Canis, chef du service de chirurgie gynécologique du CHU de Clermont-Ferrand a démissionné. Il continue d’exercer la médecine au CHU mais le sentiment d’impuissance était trop fort. L’impression de n’être là que pour « faire avaler des pilules toujours plus amères aux personnels et aux médecins du service et des pilules décidées par d’autres, très loin d’ici ». Pour rester en accord avec ses convictions, il ne veut plus « servir de courroie de transmission de décisions qu’il désapprouve ». Décisions qui finissent, selon lui, par gêner le fonctionnement de l’hôpital public.
Les urgences du CHU de Clermont-Ferrand au bord de l’asphyxie (mars 2018)
Faire plus avec moins.« L’impératif financier compromet la prise en charge des patients avec qui parler devient un exploit, rend les conditions de travail des infirmières tellement difficiles que beaucoup “craquent” allant parfois jusqu’au suicide. Au bloc opératoire, le temps est devenu le critère majeur, il faut remplir les salles pour “rentabiliser” les équipements, mais finir à l’heure pour laisser la place aux autres ou éviter les heures supplémentaires. Il faut faire plus avec moins, remplacer les secrétaires avec la dictée vocale et les secrétariats en ligne ou limiter le temps de prise de rendez-vous comme si l’accueil du patient et la prise en compte de sa situation n’était plus le rôle essentiel de la secrétaire hospitalière ! », concède le gynécologue. Réduire les lits, ne pas pouvoir investir dans des projets…
Des années de restrictions budgétaires
Qualité des soins.Selon lui, après des années de restrictions budgétaires, ces « économies financières sont hors de propos et inacceptables lorsqu’elles compromettent gravement la qualité des soins ». Pour exemple, il cite les caméras avec lesquelles il opère qui vieillissent, dont l’image s’assombrit… et ne sont pas remplacées. En chirurgie gynécologique, les listes d’attentes s’allongent… « L’indication médicale peut être parfois modifiée parce qu’on sait que l’on n’a pas de place au bloc opératoire avant six mois ! ». Un paramètre qui modifie l’approche thérapeutique. Et de donner l’exemple d’une femme de 38 ans qui vient pour un problème de stérilité et qui est orientée vers la PMA (procréation médicale assistée) faute de programmation chirurgicale avant six à huit mois…
Notre collaboration immobile et docile est une erreur historique !
L’idée d’une grève des cotations.Au-delà de cette démission, il ne manque pas d’idée pour tenter de peser dans la balance. « Nous sommes une des seules professions qui puisse faire grève de manière illimitée sans impacter le fonctionnement de notre “entreprise”. Il suffirait de coter, pour chaque patient, l’acte le moins onéreux possible de notre spécialité ». Action de grève qu’il a faite le 9 octobre dernier en soutien du mouvement des fonctionnaires. Une grève du zèle en matière d’économies de sécurité sociale pour dénoncer « les travers de la financiarisation de la société ». Suivie par une majorité de professeurs des universités, des chefs de service et des médecins hospitaliers, cette simple grève pourrait, selon lui, devenir un moyen de pression très fort.
Une démission tel un baroud d’honneur ? « Si tous on bougeait d’une manière solidaire, on aurait certainement un poids… », mais au final, Michel Canis a démissionné seul et sans bruit. Il n’est pas parvenu à fédérer. Il sera prochainement remplacé. « Cela n’a pas eu d’effets, si ce n’est d’être en accord avec moi-même. Notre collaboration immobile et docile est une erreur historique ! ».
Michèle Gardette
